7TH MATERIAL

7ème Matériau : Serge Ferrari donne un nom à 50 ans d’architecture de la légèreté

« Nos bâtiments sont conçus pour un monde qui n’existe plus. »

C’est avec cette phrase que Sébastien Baril, CEO du Groupe Serge Ferrari, a lancé le 7ème Matériau ce jeudi 24 septembre 2026. Derrière ce nom, une ambition : faire de la membrane composite un matériau de construction à part entière, au même rang que le béton, le métal ou le verre. Une thèse qu’il s’est bien gardé de défendre seul. Chiffres, exemples de bâtiments et architectes ont été appelés à la barre.

Un nom pour ce qui existe déjà

Depuis cinquante ans, les membranes Serge Ferrari couvrent des stades, protègent des façades du soleil et abritent des places publiques. Elles sont présentes dans le paysage urbain mondial, mais on les classe encore à part, comme des compléments que l’on ajoute une fois le bâtiment conçu.

C’est précisément ce statut secondaire que nous entendons bousculer. Le Groupe revendique haut et fort une nouvelle place pour la membrane architecturale : celle d’un 7ème Matériau de construction à part entière. L’ambition est d’inviter les prescripteurs à la hisser au même niveau d’évidence que les six grandes familles historiques qui ont façonné nos villes, à savoir le béton, le bois, le métal, la brique et la terre cuite, le verre ainsi que la pierre naturelle.

Pourquoi porter cette revendication aujourd’hui ? Parce que les contraintes climatiques et énergétiques du bâtiment évoluent plus vite que nos manières traditionnelles de construire. C’est tout le sens du plaidoyer porté par Sébastien Baril, CEO du Groupe, lors de l’ouverture de la présentation du 24 septembre 2026.

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« Lourd ne veut pas dire solide »

« Nos bâtiments sont conçus pour un monde qui n’existe plus. Nous le savons depuis vingt ans. Et nous continuons à les construire exactement de la même manière. » Dès ses premières phrases, Sébastien Baril a préféré le constat à la célébration.

Sortir du cercle vicieux de la compensation

Pendant des siècles, construire solide a voulu dire construire lourd. Sébastien Baril s’est attaché à défaire ce réflexe. Selon lui, un matériau incapable de s’adapter à son environnement ne peut que compenser ses faiblesses.

On ajoute donc des solutions pour se protéger du soleil, une climatisation pour évacuer la chaleur accumulée, de l’énergie pour corriger ce que la structure ne sait pas faire. Les bâtiments fonctionnent, mais ils passent leur temps à se corriger. « Ce n’est pas sérieux, c’est juste lourd », a-t-il résumé. Et cette lourdeur a un prix, que le secteur paie sans toujours le voir.

Un matériau défini par son comportement, pas par sa chimie

Chacun des six matériaux historiques se définit par sa composition. Le 7ème Matériau, lui, se définit par son comportement. Sa performance ne dépend pas de sa masse : elle vient de la façon dont il réagit au soleil, au vent et aux charges. Pour Sébastien Baril, ce n’est « pas une amélioration, ni une alternative », mais bien une nouvelle catégorie de matériau.

En rappelant le prix Pritzker attribué en 2015 à l’ingénieur et architecte Frei Otto pour ses recherches sur l’économie de matière, Sébastien Baril a souligné que l’architecture légère avait déjà reçu la plus haute reconnaissance théorique, sans jamais obtenir sa place dans la nomenclature officielle des matériaux. C’est désormais chose faite. « Le 7ème Matériau n’est pas un pari que nous faisons. C’est la conséquence de ce que nous avons toujours fait. »

Une ambition collective et ouverte

Serge Ferrari aurait pu enfermer le concept dans une marque ou une spécification maison. Le Groupe a préféré l’ouvrir aux architectes, aux ingénieurs et aux partenaires, qui en inventent les usages. « Nous nommons le changement, vous le construisez », a conclu Sébastien Baril en invitant l’assistance à vérifier ses affirmations non pas sur parole, mais sur les bâtiments eux-mêmes.

Sur le terrain, la membrane a déjà fait ses preuves

Avant d’aborder les chiffres, un premier film témoignage a rappelé la résistance du matériau en milieu hostile : sur le Cervin, à 3 830 mètres d’altitude, le refuge de la Capanna Carrel affronte le gel et les UV extrêmes sous une enveloppe textile qui « nous survivra, c’est certain », témoigne son constructeur. Aux États-Unis ou au Qatar, d’autres réalisations démontrent la même capacité à résister au climat.

Pour étayer cette réalité, Françoise Fournier Derely (38 ans d’expertise technique au sein du groupe) et Sylvia Risari (architecte et Specification Manager) , ont décortiqué la performance du matériau sur la base de critères stricts : chaque donnée est associée à un bâtiment réel, une localisation et une norme d’essai vérifiable.

Alléger pour décarboner

Avec un poids compris entre 380 grammes et 1,6 kg par mètre carré, la membrane permet de concevoir des toitures jusqu’à dix fois plus légères que les solutions conventionnelles, divisant par trois ou quatre l’empreinte carbone sur 50 ans.

À Doha (place Msheireb), 1 080 panneaux textiles pliants régulent la température sous 50 °C à l’ombre. À la citadelle d’Ibiza (site UNESCO), 250 m² de toile créent un espace ombragé pour un poids total de 137 kg seulement, sans altérer la structure historique grâce à un montage entièrement réversible.

Maîtriser le rayonnement sans masquer la vue

Largement utilisés à Lyon, les écrans extérieurs Soltis stoppent 97 % de l’énergie solaire avant qu’elle n’atteigne le vitrage et réduisent de 39,59 % les besoins énergétiques globaux des immeubles, tout en conservant la transparence vers l’extérieur.

Sur le campus Le Camp à Aix-en-Provence, la toiture de 7 000 m² sert à la fois de bouclier thermique (SRI de 95), de diffuseur de lumière naturelle (1 000 lux sans éblouissement), de système de ventilation passive et de collecteur d’eau pluviale.

Traiter le son sans couper la lumière

La membrane acoustique absorbe moins le son que la laine minérale, c’est vrai. Elle a en revanche un avantage que la laine minérale n’a pas : elle laisse passer la lumière. Au musée M9 de Mestre, la même surface sert de plafond acoustique et éclaire la cour. Au stade Al Bayt, 60 000 spectateurs sont réunis sous un plafond tissé conçu sur mesure, sans aucun matériau absorbant ajouté.

Comme l’a rappelé Françoise Fournier Derely en conclusion de cette démonstration : « Le béton n’est pas une erreur. » Certains ouvrages doivent rester lourds. Mais avec le 7ème Matériau, la masse cesse d’être un réflexe par défaut pour redevenir un choix de conception.

Paroles d’architectes : concevoir avec le matériau

Pour sortir des concepts théoriques, la parole a ensuite été donnée à des praticiens confrontés au terrain et à la réalité des chantiers. À travers leurs retours d’expérience, deux architectes d’horizons complémentaires ont illustré comment la membrane cesse d’être une simple réponse technique pour devenir le point de départ de leur démarche créative.

Nick Goldsmith : « La légèreté est devenue une exigence environnementale »

Collaborateur de Frei Otto dans les années 1970, Nick Goldsmith a retracé l’histoire de la construction comme une quête permanente d’efficience vis-à-vis de la matière.

Selon lui, la légèreté n’est plus une simple recherche formelle ou esthétique : face aux canicules à répétition et à la raréfaction des ressources, elle est devenue une nécessité impérative.

L’ombre doit désormais être pensée comme une véritable infrastructure urbaine, et l’enveloppe architecturale de demain fonctionnera comme une peau intelligente, capable de réguler les flux de chaleur et d’énergie par couches successives.

Nick Tyrer : « On ne prescrit pas la membrane, on conçoit avec elle »

Pour l’architecte Nick Tyrer, la membrane composite réinvente la méthode de travail en agence.

À Lima, pour résoudre le problème d’un vent de face récurrent sur la piste d’un complexe sportif, son équipe a modélisé des lames textiles orientables dont la géométrie a été entièrement dictée par la simulation fluide. Au stade d’Al Ain (Émirats arabes unis), la toiture a été façonnée en réponse directe à la trajectoire du soleil, en créant un porte-à-faux de 140 mètres de portée.

Dans ces projets, le matériau n’est pas venu habiller une forme préexistante : c’est le comportement du matériau qui a généré la forme finale.

La suite reste à construire

En clôture de conférence, Sébastien Baril s’est gardé de présenter ce lancement comme l’aboutissement d’une trajectoire. Combler l’écart entre les bâtiments d’aujourd’hui et les enveloppes vivantes de demain représente le chantier opérationnel des prochaines décennies.
« Le nom est à nous. Ce qui se construit avec ne l’est pas. » Le Groupe prend ainsi date avec l’ensemble de la profession : un bilan d’étape chiffré sera publié dès l’an prochain pour mesurer le chemin parcouru.

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